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 RECIT LES BALANCELLES.

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breitou

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MessageSujet: RECIT LES BALANCELLES.   Dim 25 Oct - 13:17

LES MEMOIRES D’UN GOULETTOIS


L’ENFANT DE LA GOULETTE PAR ALBERT SIMEONI (BEBERT)




A mes amis les Italiens de la Picola ‘Chichilià’.


Ce récit aurait pu exister chez nous.

‘ LES BALANCELLES ‘

Via ST CYPRIANO.


Il est deux heures du matin.
L’hiver n’a pas de manteau de neige, à la Goulette. Rarement.


Un vent vif, dur et humide, souffle depuis la mer. 3 jours déjà, que le mistral, balaie les rues nocturnes et désertes. Les volets sont clos. La pluie, sa compagne, n’est pas en reste. Noël n’est pas bien loin
au seuil de cette année qui se meurt.

Les Italiens, les Maltais, les Siciliens et toute la chrétienté universelle consacrent cette fête commémorative, en toute convivialité, chez eux.

Et les familles, de la picola Sicilià, sont très traditionalistes, superstitieuses surtout, leur ferveur ressemble à s’y méprendre à celle qu’on trouve, là bas dans les chaumières campagnardes du sud de l’Italie.


Ils ont leur sainte Madonne, celle de Trapani qui veille sur eux, qui veille depuis bien longtemps sur cette communauté que D.ieu a bien voulu nous faire connaître et surtout apprécier et aimer.



La patronne des marins, tel le phare des blocs, sans jamais s’endormir, accompagne nos marins pêcheurs,
lors de leur sortie en mer.



‘ Sainta Madonna di Trapani chè amma , vèdo …Ascolta nostri
prèguiéri….Amen... !’

(Sainte Madonna……………….. Que
je j’aime, vois et entends nos prières... !’)



Telle est l’invocation quotidienne qu’ils adressent à leur vénère mère, avant de prendre le large.



Giogio Carbone, 55 ans, patron pêcheur sur son ‘Hirondelle’, père de 5 enfants, travaille sur sa balancelle depuis que –33 ans auparavant son père Amèdèo dit ‘Il Pèpé’ vieillissant lui dit d’une voix grave un jour……


‘Figliolo…Basta! cossi la scuolà è méglio il profumo dèl mare è dèl pèsce…’
(‘Fils…… Assez d’école …l’odeur de la mer et du poisson sont meilleurs pour toi…..’)


L’adolescent, pas très attiré par les études, suivit les conseils de son père et se retrouva à ses
côtés, apprenti.



Comme il le fait depuis cet âge, et sans jamais faillir un seul jour, Giorgio se lève en cette froide nuit
du 22 décembre à 4 heures du matin. Prenant soin de ne pas réveiller sa femme, Maria, et ses 5 enfants qui dorment dans leur chambre ; les trois filles en bas âge couchent dans le même lit tandis que les deux garçons allongés à même le sol, sur une couverture.



‘E l’orà… ?’
(Il est l’heure’)

Dit sa femme en ouvrant les yeux…

‘Ma ti è svègliatà... ?’


(Mais ... ! Tu es réveillé… ?’)


Elle se lève et prépare un bon café chaud à son époux. Son mari, bien emmitouflé dans son ‘Cardigan’ noir
s’apprête à sortir. Maria, enveloppée d’un châle noir, accompagne son époux au bas de l’escalier. Elle se signe
tandis que Giorgio bat le pavé qui mène à son ‘embarcadère’.



Les berges des quais ‘Amiral Courbet’ et de ‘La Goulette’ sont en effervescence, comme toutes les aubes de sortie de pêche en haute mer. Il relève son col et enjambe le parapet de ‘L’Hirondelle’ amarrée et qui tangue sur les flots houleux. Ca siffle dans les oreilles. Quelques balancelles sont dèja parties. Il est 4 heures du matin.


La lueur - de leurs lampes tempêtes accrochées en haut des mâts – valse au grès du vent comme des lucioles.


Bientôt, elles disparaîtront dés qu’elles franchiront le ‘bouraz’.

Le dernier sémaphore pour prendre la mer. Cette mer nourricière.

Le moteur de l’Hirondelle’ ronronne. Marche arrière, marche avant, elle se place dans le sillage de la
‘Magdalena’. Nino ‘La Rascasse , ‘Benzarti ‘L’YARBI’ , Guliano ‘El Mafioso’, Costa ‘Il Maltèse’ et le jeune moussaillon Rizzo sont à bord.


Le sémaphore du bloc est en vue et Signor Canamella, le surveillant, ‘De la grande lumière tournante’, leur
fait un signe de bonne chance :



Trois pressions sur le bouton de sa lampe torche.

Le brouillard s’est levé en mer. On navigue à vue et au grésillement de la radio.


La mer est forte, la houle parle.





Maria chez elle, à genoux sur un coussin posé devant son autel, prie en compagnie de deux cierges allumés les yeux mi-clos, en son for intérieur.


‘Saintà Madonna... Madre dél Dio ...’ Etc….


L’Hirondelle est en haute mer, balayée par le vent. Les flots fouettent ses flancs. Les heures passent.
Elle est prise dans le brouillard…



‘Disgratiatà ….ma dové è il fanalle dèl Capo Bueno… ?’

‘Malèdiction…mais où est donc le phare du Cap
Bon… ?)



Ils ont raté le repaire. Égarée...? Dans l’immensité ‘désertique marine ‘l’Hirondelle’
l’est.


Les premières balancelles parties depuis 24 heures sont rentrées. Maigre butin dans leurs ‘Tirars’(
caisses en bois dans lesquels les poissons sont ordonnés avec par-dessus de la glace.) Deux d’entre elles manquent à l’appel :’L’Hirondelle’ et ‘L’Ave Maria’.


Sous la grisaille et la pluie…la rumeur s’est emparée des berges et des marins pêcheurs.

La famille Carbone, Maria et ses enfants avertis et anxieux vont aux nouvelles. Sur le quai ‘La Goulette ‘
l’effervescence est à son comble. On attend.


Solidarité oblige. On chuchote. On échafaude. On prie. On s’abrite - sous les remparts du Fort
Charles Quint -de la pluie battante. Des abris de fortune. Des parapluies de fortune éclosent.


Signor Canamella, perché sur sa tour de fer, ‘son clocher de lumière’, tourne en rond comme son phare, à
droite à gauche, les yeux rivés vers le large obscur. 36 heures et rien.



Maria lasse d’attendre serre ses enfants. La foule, toujours renouvelée, se dirige vers la petite église. Le
prêtre debout, derrière son autel, les attend. Il connaît ses paroissiens. Il a l’habitude de ce genre de situation. L’église est pleine à craquer .



L’odeur acre des cierges et de l’encens asphyxient l’air.

Vittorio, Jean-Baptiste, Cèsario, Hélène et Antoinettà ainsi que la maman Maria sont aux premières
loges. Face à la Madonna. Digne, debout, essuyant une larme furtivement qui coule sur sa joue rose. L’épouse Carbone a levé son regard vers la vierge.



Dialogue intense, muet et plein de ferveur..


‘Maria … Santà Maria , Madre di bontà, per favore , par il tuo figlio Jèsu crucifacato, ascoltà mia dolore, sono vènutà con i miei figli …comè ti vèdo…implorare il tuo pardone..tua carità… !’

‘Marie…Sainte Marie, Mère de bonté, s’il te plait, par ton fils Jésus crucifié, écoutes ma douleur, je suis
venu avec mes enfants …comme tu le vois implorer ton pardon. Ta charité…!’



Longue oraison, intense, si intense qu’on a l’impression que la lumière de la petite église redoubla d’intensité. Elle parle la Maria à la Maria…. Elle n’entend plus rien Maria. Elle communie.


Ni prêtre, ni foule qui se bouscule au portillon. Elle est èpuisée la Maria.


La Picola Sicilia ‘ toute entière est là, en silence.

St Antoine de Padoue est invoqué, tous les saints sont évoqués et même ceux qui ne le sont pas. Certains invoquent leurs parents disparus pour qu’ils viennent à la rescousse des ‘égarés en mer’.


Des hommes et des femmes de foi -sur les quais – impatients, égrènent des chapelets, tandis que les ‘mécréants’ ‘arrosent ‘ leur attente par quelques gorgées de vin.

Et puis...Du haut de sa tourelle, Signor Canamellà a vu…Lui, qui pratique ce métier depuis 50 ans, il a
vu, déchirant dans le brouillard, la grosse silhouette sans queue de ‘L’Hirondelle’. Oui…C’est elle, suivie par derrière par ‘L’Ave Maria’. Six pressions sur le bouton de sa lampe de torche dirigée sur les berges, sur les têtes
‘casquettèes’ des hommes de la mer ont suffit à soulever un cri de joie. La pluie par la peur s’est arrêtée comme par miracle. Ils sont là.




Rizzo, le moussaillon, agile comme un moineau, saute du bastingage et court vers l’église.


‘Maria…Maria… ?’


De sa petite voix fluette, non mue, il ‘creuse’un passage d’entre cette foule absorbée.


On le reconnaît. On l’embrasse. On le caresse.

On lui ouvre ‘un tunnel’. A droite, à gauche, la foule s’est mise de côté. Entre les deux files, Rizzo marche, le béret entre ses mains. Il est là, devant Maria Carbone. Elle détourne lentement sa tête. Son regard a quitté celui de la sainte pour se poser dans celui, vif, du jeune garçon. Elle prend son visage entre ses mains chaudes, rapproche ses lèvres démaquillées et pose un baiser sur les joues froides du puceau.

‘Siamo qui…..siamo….qui…’


(Nous sommes là……………..’)

Maria, de sa voix douce……’Io lo so…lo sapèvo….’


Nous étions le 24/12/1959 à 13 heures 15. Dans quelques heures, se sera Noël pour Giorgio
Carbone et la ‘sua famiglia’.


Buon Natale Jean Baptiste.

Buon Natale a tutti gli Italiano dèlla Picola Sicilia.


Le temps dans l’espace ne compte pas, mais je suis sur d’une chose que ce temps a existé quelques part dans notre espace GOULETTOIS.

Cette narration est une pure imagination de mon esprit.




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